Presse : Le Monde
Roland Agret : deux doigts pour la justice
Par Pascale Robert-Diard
Publié le 21 juillet 2006
Condamné à quinze ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis, il est allé jusqu’à se mutiler pour clamer son innocence. Gracié en 1977, acquitté en 1985, indemnisé en 2005, il vient enfin de brûler les 10 kg de son dossier pénal
Quand il avait 28 ans, Roland Agret se trouvait « une gueule vaguement à la Delon ». Près de quarante ans plus tard, sur la photo de couverture de son dernier livre en date (Mon corps en otage, éd. Hugo Doc, 2006, 260 p., 17 €), la ressemblance est toujours là mais disons qu’elle s’est recroquevillée dans l’épaisseur des plis sous les yeux.
Quand il avait 28 ans donc, Roland Agret, qui sortait de huit mois d’incarcération pour une affaire de falsification de chèques, avait trouvé un boulot dans un garage tenu par un ex-membre du Service d’action civique (SAC), André Borrel. Du moment qu’on le laissait frimer au volant de son Impala Chevrolet neuve et équiper à l’oeil ses amis en pneus neufs, il s’accommodait des clients « pas très nets » qui venaient y conclure des affaires. Les choses s’étaient en revanche gâtées quand le patron s’était aperçu que son employé voulait s’approprier sa maîtresse et ses sous.